Petit psaume du matin

30 juillet 2009 § 3 Commentaires

« Mon esprit pense à mon esprit

Mon histoire m’est étrangère.

Mon nom m’étonne et mon corps est idée

Ce que je fus est avec tous les autres.

Et je ne suis pas ce que je vais être. »

C’est avec cette citation de Paul Valéry que nous sommes invités à entrer dans la salle pleine de la Maison des Métallos. Dans le cadre du festival Paris, quartier d’été, qui sort la capitale de sa torpeur estivale, Josef Nadj y présente un spectacle en duo avec Dominique Mercy, dédié à la mémoire de Pina Bausch et Merce Cunningham.

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Rencontre, prière, chant… Petit psaume du matin est un peu tout ça à la fois. Deux hommes, en costume noir et pardessus brun, entrent, échangent des objets, des gestes, des regards. Sur la scène, trois groupes de chaises sont disposés ; en une heure, les danseurs les exploitent, les tordent dans tous les sens, les arrachent à leur fonction. Ça commence avec des balais, ça finit avec du maquillage – de mime ou de clown, on ne sait pas. Tchekhov disait que si un personnage posait un revolver sur la table à l’acte I, le coup partait à l’acte V. Ici, c’est un peu ça. Sauf peut-être pour les boulettes de papier journal, qui disparaissent dans la poche du pardessus à l’acte I, et ne reparaissent jamais. La logique n’est pas circulaire, mais sinueuse.

Les corps ne sont pas ce qu’ils vont être. Cette fugace rencontre charnelle m’évoque les jeux des enfants (par ailleurs nombreux à côté de moi) : l’un va vers l’autre, lui tend la main, repart déçu, mais revient, et commence un dialogue silencieux entre les deux copains. Nadj, le chorégraphe, porte Mercy, l’accompagne dans la chute, le relève. Ce dernier est impressionnant de légèreté, d’abandon, de vélocité ; il tombe dans les bras de son ami, sûr d’être retenu, sûr de trouver un appui à l’arrivée. Ce geste simple en apparence est d’une grande beauté. Chacun se livre à l’autre, confiant.

Comme toujours chez Nadj, la musique est très présente. Même si elle n’est pas présente aujourd’hui sur la scène, elle accompagne les danseurs avec une constance inébranlable. Les mouvements sont ainsi calqués sur des rythmes de musiques traditionnelles du Cambodge, de Macédoine, de Roumanie, d’Egypte, de Hongrie, et sur « Maria » de Michel Montanaro et « Tango » d’Igor Stravinsky. Les deux copains voyagent.

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« L’un et l’autre sont des pélerins enchanteurs, bourlingueurs d’espaces imaginaires, compagnons du tour des rêves, artisans des chansons de gestes. Ils colportent sur scène la fable sans cesse recommencée d’une humanité espiègle qui ne saurait habiter ce monde sans continuer à en nourrir la sève poétique », Jean-Marc Adolphe.

Un enchantement simple.

Les deux enfants deviennent soldats, acrobates, buveurs de vin rouge, fumeurs de cigarette, clowns, … Parfois, j’aperçois Nadj sourire. Or, « sourire de ce qu’on aime, c’est l’aimer deux fois plus » (Christian Bobin, L’éloignement du monde).

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