Sous le volcan – Théâtre de la Ville

7 octobre 2009 § Poster un commentaire

Le belge Guy Cassiers présnte en ce moment au Théâtre de la Ville un roman de Malcom Lowry adapté par celui qui en est aussi l’interprète principal, Josse de Pauw, Sous le Volcan.

Adapter un texte qui n’a pas été écrit pour la scène, c’est toujours difficile. Celle-ci prend le parti de conserver la structure narrative, au lieu de la transformer complètement, ce qui donne des scènes où un personnage raconte une action qui est en même temps accomplie sous nos yeux. Il instaure ainsi un écart entre ce qui est dit et ce qui est fait qui rappelle la distanciation brechtienne, mais qui n’en n’a ni les effets ni le propos.
Brecht voulait par ce procédé amener les spectateurs à réfléchir sur ce qui leur était montré, et les amener à une prise de conscience politique. Cette méthode à la fois géniale et critiquable (parce qu’elle part du présupposé que le public a quelque chose à apprendre que la scène connaît déjà, plaçant les deux côtés de la salle dans une relation de professeur à élève qui n’a pas nécessairement lieu d’être) s’applique à des pièces dont le contenu est politique, au premier sens du terme, c’est-à-dire qui touche la polis, la cité toute entière, la communauté sociale enfin. Les personnages sont donc en relation les uns avec les autres tout au long de la représentation, et de leur interaction naît l’action, le « message » (pour faire simple) et le spectacle. Ici, rien de cela. Nous avons affaire à un quinca alcoolique qui est incapable de retenir la femme qu’il aime de partir, le tout sous le regard sarcastique et résigné d’un vieil ami français, retrouvé par hasard dans ce fin fond du Mexique (il y est le consul britannique). Comme d’habitude chez Malcom Lowry, les personnages désespèrent d’arriver à exprimer leurs désir et surtout à les vivre. Cette pièce de l’incommunicabilité est relayée au second plan par un grand écran sur lequel sont projetées les images de l’action. Par exemple quand deux personnages vont boire un verre dans un café, les acteurs sont debout à l’avant-scène tandis que les verres et les mains sont représentés en gros plan derrière eux. L’écran est de plus morcelé en plusieurs panneaux carrés qui forment une mosaïque changeante. Ici une cuisine, là un arbre, une rivière, … Les paysages mexicains évoqués dans le texte nous sont immanquablement montrés.

La mise en scène de Guy Cassiers est tout à fait cohérente : la fragmentation du panneau reflète celle des identités en même temps qu’elle rend visible les frontières entre les êtres humains, les images remplacent les actions rendant ainsi évidente l’impossibilité d’un échange, le narrateur extérieur (introduit comme celui qui lit les lettres du consul à sa femme) est le relais impuissant du spectateur (français en plus!). Théoriquement, tout tient parfaitement la route.

Mais pour tout dire, j’ai attendu la fin pendant deux heures. Ça tient tellement bien la route qu’il ne se passe rien. La communication ne passe pas entre les personnages, mais elle ne passe pas non plus entre les personnages et nous. Pourtant les acteurs sont remarquables, surtout Josse de Pauw, qui joue le consul alcoolique. La vidéo nous montre parfois leur visage en gros plan : ils sont plutôt vieux, pas très beaux. Ça aussi, c’est parfait : alcool et exil sont peints sur leurs figures. Merveilleux. Et après?
J’attends du théâtre qu’il me fasse vivre le temps d’une soirée au moins un sentiment de partage communautaire, qu’il me mettre en relation avec la scène, la salle, avec moi-même, dans l’espace du théâtre, qui est hors du monde et hors du temps. Mais là, nous n’étions pas seulement livrés à nous-mêmes, nous étions en plus coupés des autres, en particulier de la scène. D’autres se sentiraient peut-être davantage concernés par une telle intrigue, mais il est indéniable que la vidéo au théâtre est un agent de glaciation particulièrement efficace.

Un théâtre qui parle à la tête sans parler au coeur, un théâtre qui ne me regarde pas, même s’il est parfait, ça ne m’intéresse pas.

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