Parlement

1 février 2010 § Poster un commentaire

Un micro, un pupitre, une bouteille d’eau. Une comédienne, mille paroles. Une bouche, mille voix.

Joris Lacoste présente dans la petite salle du Théâtre de la Bastille un montage de phrases trouvées à la radio, dans un discours politique, volées dans la rue, en anglais, en français, en provençal… De la présentation de la météo à la recette de cuisine, des revendications syndicalistes aux commentaires sportifs, Emmanuelle Lafon incarne avec brio voix, désirs, écoutes. Poésie orale, performance, théâtre, lectures, dialogues de cinéma, conversations courantes, entretiens, rap, témoignages, récits, récitatifs, documents ethnographiques, discours politiques, religieux, pédagogiques, plaidoiries, leçons de danse, de yoga, de gymnastique, instructions militaires, instructions sportives, hypnose, litanies, prières, cérémonies, journaux télévisés, commentaires, sportifs, contes, reportages, boniments, publicité, vente aux enchères, synthèse vocale… « Parlement est un solo composé à partir du corpus sonore de l’Encyclopédie de la parole : la partition fait se succéder divers régimes d’énoncés, nous adressant en vingt minutes un discours traversé par la diversité de la parole humaine. »

Le mono-plurilogue est divisé en trois séquences : la première juxtapose des voix qui n’ont rien à voir, créant un effet comique de surprise et travaille les transitions de la manière la plus incongrue possible, la seconde au contraire instaure des silences entre les voix, lesquelles sont alors regardées de plus près, portées plus loin. La parole devient plus poétique, quelques textes sont dits dans une langue étrangère inconnue, portant notre attention sur les sons plus que sur les significations. La comédienne a l’air de penser chaque mot, de ne plus incarner la parole directement dans une performance virtuose (les accents, intonations et volumes sont excellents) mais de l’extérioriser pour voir ce qu’elle a à lui/nous dire. La dernière séquence enfin retrouve la juxtaposition rapide comique tout en instaurant un cycle nouveau de répétitions : le « ce que nous demandons » proféré à voix haute et intelligible de syndicalistes vélléitaires côtoie « le petit bidon » d’une voix mal assurée qui tourne sur elle-même. Le comique se teinte d’un absurde révélateur : quelle parole derrière quelle voix ?

Crédit photographique : Huma Rosentalski

Les codes de communication sont déjoués, le spectateur prend conscience de ce qu’il sait déjà, rit d’entendre ce qu’il entend chaque jour. Et salue la fluidité, la souplesse et la force de l’actrice.

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