Tartuffe d’après Tartuffe de Molière

28 octobre 2010 § Poster un commentaire

Où l’on retrouve le Théâtre permanent de Gwénaël Morin qui, après trois ans passés aux Laboratoires d’Aubervilliers, présente deux des classiques travaillés pendant cette résidence au Théâtre de la Bastille : Tartuffe et Bérénice. De cette dernière pièce, on a parlé ici ; de la comi/tragédie de Molière/Morin, on parle maintenant.

Tartuffe, c’est « l’histoire d’un homme traître à lui-même », Orgon, nouveau personnage principal. Stéphane Brunschweig avait déjà opéré un tel déplacement il y a deux ans au Théâtre de l’Odéon, mais c’était pour en faire une âme froidement torturée sujette à psychanalyse par le public, col roulé et chaises de bureau. Ici, comme d’habitude, les quelques éléments de décor sont fixés au mur par du scotch, et il y a une table, une chaise en plastique, et une bougie. Pour tout costume un drap noir, une perruque et un peu de gel. Les acteurs jouent parfois plusieurs personnages, en changent à vue, tandis que Gwénaël Morin, quand il ne joue pas le petit rôle de Cléante, reste assis sur le côté pour regarder ses comédiens. « Théâtre populaire », « théâtre pauvre », « théâtre brut »… Théâtre drôle, triste, théâtral.

Marianne (Julian Eggerickx) et Dorine (Renaud Béchet) © Julie Pagnier

Mensonge ou vérité ? Illusion ou clairvoyance ? Les personnages qui tournent autour d’Orgon sont victimes de son aveuglement, de la duperie de Tartuffe – du théâtre de Tartuffe. Morin nous accueille, nous place ; les autres comédiens déambulent sur la scène en attendant de commencer – « 19h30 précises » -, il tape trois coups d’un brigadier de fortune; on y va. « Noir », c’est le noir. « Lumière », c’est la lumière, des néons qui enveloppent bien sûr le public. On oscille pendant une heure et demi entre ces deux pôles, reliés par la flamme d’une mince bougie, qui passe de main en main comme le flambeau de la parole.

Une parole tantôt grave (Elmire révélatrice – Barbara Jung), tantôt aiguë (Marianne la fille promise en sur-victime – Julian Eggerickx), parfois tragique (Orgon dupe – Grégoire Monsaingeon), parfois héroï-comique (Damis le zélé en parodie de personnage de manga – Ulysse Pujo). Tous les registres sont convoqués sur scène, et contribuent à créer des images dont le comique n’est pas toujours tout : la danse ridiculement lascive d’Elmire pour Tartuffe se transforme en larmes de déshonneur. Chez Brunschweig, Orgon foutrait sous la table en entendant Tartuffe faire l’amour à sa femme. Ici la soumission de Marianne à son père prend des allures d’inceste par procuration. Le faux dévot est d’ailleurs joué par la même acteur que Marianne, Julian Eggerickx.

On est impressionné une fois de plus par les trouvailles scéniques du Théâtre permanent, l’implication du groupe, la mise en jeu des corps, toujours passionnée. Tout le monde y passe, y compris le texte, allègrement coupé, amputé de la fin – mais quelle fin ? C’est celle d’Orgon qui importe ici : la fin du masque, la fin du théâtre, la fin de la bougie.

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