Splendid’s

22 janvier 2011 § Poster un commentaire

C’est une femme qui dirigeait huit hommes au Colombier à Bagnolet au début de l’année : Splendid’s de Jean Genet met en scène la bande à Rafale, groupe de malfaiteurs célèbre, emprisonné dans un hôtel après une prise d’otages ratée. Le huis clos fait éclore les tensions latentes et brouille la frontière des identités. Pièce magnifique, spectacle en demi-teinte.

Disposés tout autour de la scène, en carré, les spectateurs regardent un homme seul sur une chaise, à coté de lui une radio éteinte, il se balance indéfiniment semble-t-il. Pas de décor, peu d’objets, le théâtre est nu, et les spectateurs se font face en entier. Seule la radio, omniprésente, et les portes de la salle par lesquelles nous sommes entrés et par où ils sortent rappellent le monde extérieur. Une voix de femme crache en arabe les nouvelles de la police ; un policier s’est infiltré dans l’hôtel, qu’est-il devenu ? Si l’otage américaine a été tuée « par accident », le policier est bien vivant : retournant sa veste, il décide de se joindre à la bande, pour enfin devenir un héros d’histoires.

Mais il est vite déçu par ceux qu’ils prenaient pour des aventuriers exaltés : l’un s’arrose du sang de son frère mort, l’autre se bat pour son autorité, un troisième se défend d’avoir tué l’américaine… Jeux de pouvoir et d’identités s’entrecroisent, comme toujours dans le théâtre de Genet : le haut devient le bas, le chef devient une femme – car pour retarder la mort, il faut montrer la morte au balcon. Si le texte entretient une ambiguité délicieuse autour du travestissement (jouissance ? déchéance ?), la mise en scène l’a coupé pour n’en retenir qu’une dévirilisation avilissante et des moqueries outrancières comme autant de parures d’une homosexualité refoulée. L’homme ne devient pas femme, ni masque de femme, il se contente d’abandonner le phallus. Une bien faible interprétation quand on connaît la puissance du théâtre genétien.

Restent de belles performances d’acteur et un jeu sur le langage bien trouvé, entre arabe et français.

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