Une raclette – Les Chiens de Navarre

28 avril 2011 § Poster un commentaire

Un dîner entre voisins, une raclette, un téléphone, un salon, un mari, mais aussi, entre autres, une carotte violeuse, une fraise géante, une partouze, un chevalier. Ou comment une parodie de repas bourgeois se transforme en parodie de théâtre.

C’est drôle, c’est absurde, c’est osé, parfois on ne comprend rien, mais ce n’est pas grave, ils improvisent, on leur pardonne, et on rigole. Les Chiens de Navarre ont presque rempli les Bouffes du Nord en mars avec leur Raclette. Ils passent aussi à la Ménagerie de Verre, à Genevilliers… bref, dans des lieux de création contemporaine. Alors on s’attend à du nouveau, du surprenant, du jamais vu.

C’est en effet surprenant – pas besoin d’en dire tellement : ils finissent à poil, ils parlent au public, ils disent des gros mots, ils crient, ils mangent. Et ils improvisent à partir d’une trame dont voici l’argument : des voisins viennent manger une raclette à la maison. Tout le monde est chiant, hôtes comme invités, et tout le monde s’ennuie, mais tout le monde est poli. Alors on baise. Il y a des moments très très drôles, des batailles épiques, du sang partout, des comédiens qui prennent à témoin les spectateurs… La maîtresse de maison se fait violer par une carotte avec brio et les membres du public qui sont les plus proches de la scène – mettez-vous là la prochaine fois ! – ont l’immense plaisir de se voir conviés à soupeser les couilles de plusieurs de ces messieurs, tandis que l’un d’entre eux, vêtu, danse, danse, danse, en guise de rideau.

C’est vrai que c’est drôle, pourtant on en sort avec un arrière-goût d’attendu, de resucé, un petit manque. Comme si c’était un peu facile d’injecter de la folie au théâtre en faisant du non-théâtre ou du one man show à plusieurs. On sort, et on est déprimé, alors qu’on a bien ri. C’est qu’on n’a pas vraiment été nourri. Il ne s’agit pas d’une exigence d’intellectualisme, d’aller au théâtre pour se cultiver ni de vouloir rentabiliser sa soirée, il s’agit simplement d’attendre de la scène qu’elle nous procure des émotions qui nous nourrissent, par les yeux les oreilles le cerveau peu importe, tant qu’une partie passe par le ventre.

Je me demande pourquoi on ne va pas au théâtre entre amis, ou si peu. Pourquoi on s’ennuie si souvent au théâtre ? Pourquoi le théâtre n’est pas un before voire la fête elle-même ?! Je suis avide de rencontrer une telle forme, mais je ne l’ai pas encore trouvée. Une bande de potes qui s’amuse sur scène en alignant les critiques clichés et les fausses dénonciations, tout en se couvrant derrière la coolitude ultime : ne pas faire de théâtre ? Bof.

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