+ ou – zéro de Christoph Marthaler

16 octobre 2011 § Poster un commentaire

Un gymnase, quelque part au Groenland, accueille un groupe de chercheurs étrangers, scientifiques et climatologues, pour une durée indéterminée. Dehors, c’est la glace à perte de vue. Dedans, c’est l’errance. Des figures perdues diagnostiquent la mort lente d’une terre étrange. Avec elles, une groenlandaise, et, comme toujours chez Marthaler, de la musique.

De la même manière que dans Maeterlinck (joué il y a quelques années au Théâtre de l’Odéon) qui se déroulait dans un atelier d’ouvrières, le lieu de ± zéro (représenté au Théâtre de la Ville en septembre) est très déterminé : au Groenland, un colloque de climatologie réunit des scientifiques du monde entier. Dès l’ouverture, un groupe de personnes méconnaissables parce qu’excessivement emmitouflées entre sur le plateau, entre éclats de rire et curiosité. Derrière la porte du fond, le dehors, derrière celle de devant, un placard… On se croirait dans un salon, mais c’est dans un gymnase que nous sommes. Christoph Marthaler mêle des éléments tout à fait réalistes à des éléments absurdes : le décalage qui naît de ce mariage, cette façon d’injecter de la folie poétique dans le réel, emmène le spectateur dans un espace et une temporalité étirés, drôles et mélancoliques.

Anna Viebrock, qui travaille avec Marthaler depuis longtemps, a imaginé un décor à double fond : derrière le gymnase et sur les côtés, des lieux de vie fantômatiques apparaissent et disparaissent. Une salle de classe, une pièce de musique, une cuisine, peut-être quelques chambres… Cependant, en-dehors du salon de musique où un pianiste dont on ne verra pas le visage joue quasiment en continu, ces lieux  ne semblent être que des lieux de passage, incapables de résister au désert froid dont il est censé abriter. On joue au hockey sur gymnase avec des téléphones portables qui sonnent dans le vide, les soirées mondaines se succèdent et se ressemblent, la communication est brisée, les lignes sur le sol ne semblent conduire nul part et tourner sur elles-mêmes, tandis que le sens, apporté tant bien que mal par les évangélistes chrétiens dans la salle de classe, ne résiste pas à la danse de l’autochtone, qui, en une minute, démontre à tous à quel point la bonne parole prêche dans le vide.

Que reste-t-il dans cet univers délié ? La musique. Comme recours — le chant lyrique d’une femme à quatre pattes la tête la première dans une valise pour chat — mais aussi comme ciment éphémère : on chante pour répondre au langage incompréhensible de la groenlandaise, on forme des chœurs pour se retenir les uns les autres de tomber dans le vide, on s’associe en canon enfin pour emmener le spectateur/auditeur dans le même courant de pensée. Grâce aux voix, scène et salle trouvent à se rencontrer en un endroit où leurs deux temporalités se rejoignent. La présence de la musique chez Marthaler, qui est aussi metteur en scène d’opéra, fait le lien entre les figures sur la scène mais encore entre ces figures et le public. Comme si, le temps d’une chanson, l’on s’accordait au « flux de conscience » de l’autre, c’est-à-dire à la manière dont le temps passe pour lui, pour entrer dans un univers poétique étiré et magnifique.

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