Arne Lygre

26 novembre 2011 § Poster un commentaire

Ça commence

Je suis une femme. Je suis seule dans une pièce. Je suis assise dans un fauteuil.

MOI

C’est ma maison.

C’est ici que je vis cette vie qui est la mienne.

Luce Mouchel et Annie Mercier © Elisabeth Carecchio

À l’occasion de sa création mondiale par Stéphane Braunschweig au Théâtre de la Colline, L’Arche publie Je disparais, et la revue OutreScène consacre un numéro entier à son auteur, Arne Lygre. À travers les interviews de metteurs en scène et d’acteurs, elle lance des pistes de réflexion sur l’œuvre étonnante de l’auteur norvégien. Au fil des pièces, ce dernier s’interroge sur l’identité et le fonctionnement de la relation à l’autre. Dans Je disparais, trois femmes partent vers une destination inconnue à cause d’un danger politique dont on ignore la nature exacte, et quittent toute leur vie. Pendant leur voyage, comme pour combler l’attente, elles imaginent des fictions dans lesquelles elles jouent elles-mêmes. La pièce fonctionne ainsi sur trois niveaux : l’action première, la narration de l’action par le personnage principal, Moi, et les fictions, sortes de jeux de rôle, imaginées par les trois femmes. La frontière est trouble entre « ce qui advient réellement et ce qui est la projection fantasmatique des personnages » tant « leur propension à se démultiplier dans leurs propres virtualités » est grande… (Anne-Françoise Benhamou, « Nous sommes encore en vie », OutreScène 13, p. 3)

L’identité n’apparaît pas comme quelque chose de stable ou de permanent, mais comme un objet avec lequel on peut jouer, ou même acheter. Dans Homme sans but, mis en scène en France par Claude Régy, on apprend au milieu de la pièce que Frère et Femme, le frère et la femme du héros, Peter, ne sont que des acteurs payés par lui pour jouer ces rôles, et cela depuis des années. Dans Puis le silence, trois personnages : Frère, Un et Un autre, au fil de dix scènes indépendantes les unes des autres, s’adonnent à des jeux de rôles où une situation première d’une extrême simplicité, toujours la même, se développe parfois jusqu’à une extrême violence.

UN

Un homme, un peu à l’écart de deux autres hommes.

FRÈRE

Qu’est-ce qu’il fait ?

Si l’identité est indéfinie, elle peut non seulement s’acheter mais aussi changer radicalement, se retourner contre les autres ou contre elle-même d’une manière brutale. Dans Je disparais comme dans Jours souterrains, que S. Braunschweig mettra bientôt en scène, une même question se pose : dans quelle mesure est-on défini par nos liens avec ceux qui nous sont chers ? Jusqu’où peut-on aller dans la mise à mal de ces liens avant de se perdre soi-même ? Ainsi, un homme de fiction abandonne sa mère et sa femme pour se sauver ; un autre tue son épouse pour la même raison ; une jeune fille prend la place de son bourreau à la mort de celui-ci, et se retourne contre sa première complice…

Chaque fois, l’écriture d’Arne Lygre se développe par petites touches successives qui, accumulées, forment une histoire à la forme simple et au fond étonnamment profond et complexe. OutreScène publie une nouvelle inédite dont le début, qui ressemble étrangement à celui de Je disparais, conduit à une toute autre situation…

Rien à quitter

C’est une maison tranquille où je me tiens. Je prends soudain conscience de cette réalité, seul dans la chambre au premier étage, ce silence assourdissant dont je fais partie, et je me concentre, cherche à entendre quelque chose qui le rompt. Il devrait exister des bruits dans un tel vieux bâtiment, mais je n’entends rien. Je m’entends moi.

C’est ici que j’ai habité, ici que j’ai vécu ma vie.

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OutreScène n°13, La Revue de la Colline, novembre 2011, Les Solitaires intempestifs
Je disparais mis en scène par Stéphane Braunschweig jusqu’au 9 décembre 2011 au Théâtre de la Colline
Tage hunter (Jours souterrains) mis en scène par Stéphane Braunschweig du 8 au 12 février 2012 au Théâtre de la Colline

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