Max Black de Heiner Goebbels

17 février 2012 § Poster un commentaire

Reprise d’une création de 1998, Max Black revient quelques jours dans le théâtre des Bouffes du Nord. Dans son antre scientifico-ludique, le philosophe accomplit une succession de rituels mystérieux mis en scène et en musique par Heiner Gobbels, inspirés par les mots de Valéry, Lichtenberg et Wittgenstein. Un enchantement.

André Wilms © Mario del Curto

C’est toujours un plaisir d’aller voir une pièce aux Bouffes du Nord, et ce plaisir est redoublé lorsque la pièce présentée s’approprie le théâtre comme s’il ne lui manquait plus que lui pour exister. Dans Max Black, André Wilms joue le rôle d’un alchimiste ou savant fou dont nous assistons médusés aux expérimentations sonores et visuelles pendant un peu plus d’une heure, plongés dans son laboratoire. Devant, à jardin, une table sur laquelle sont disposés des boîtes, un tourne-disque ou encore un oiseau empaillé. À cour, d’autres boîtes, plus grosses, posées sur le sol. Au milieu, un grand bureau et le capharnaüm qui va avec. Au fond, un piano. Et un peu partout, des machines. Des machines dont on ne sait pas bien à quoi elles servent — peut-être le savant lui-même ne le sait-il pas —, des machines qui font de la musique, du mouvement, du piano… Des machines dont la ronde mystérieuse berce l’heure que nous passons en leur compagnie. Il y a des bougies aussi, une penderie, un rideau, et des animaux morts dans des cages en verre suspendues au plafond. C’est une véritable caverne aux merveilles qui vient se loger entre les murs rouge et ocre du théâtre.

Chaque geste, chaque initiative de la part du savant nous demeure mystérieuse : impossible de comprendre ce qu’il cherche. Son discours, aussi poétique soit-il, est difficile à suivre. Inutile de s’acharner à en saisir le sens, il parle seul et pour lui-même. Les mots, français ou anglais, ne font qu’accompagner une suite de tentatives qui ne mène nulle part, sinon au rire, à l’étonnement et à la surprise. Machine à fumée, fleur mécanique, pyrotechnique métaphysique… Ce personnage qui semble tourner en rond passe par de multiples états et travers différents chemins — la lumière change à chaque nouvelle étape. Au sol, des fils lumineux clignotent dans le noir, actionnés par on ne sait quelle magie, tandis que la musique, omniprésente, expérimente encore et encore, à l’infini. Metteur en scène et compositeur, Heiner Goebbels a créé un univers dont la dimension sonore est largement aussi importante que la dimension visuelle. De trouvaille en trouvaille, chaque nouveau son est un étonnement, tant pour le spectateur que pour le savant lui-même. Dans l’attente de la surprise suivante, nous participons à la chasse au trésor collective emmenée par le comédien, fabuleux.

Et à la fin, alors que la salle entière attend le souffle court quelque nouvelle trouvaille technico-magique, une voix, dans la pénombre — That’s all folks !

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