La Vie dans les plis

21 octobre 2012 § 1 commentaire

Il reste encore 6 jours pour aller voir le spectacle de Blandine Savetier et Thierry Roisin La Vie dans les plis, à partir de l’œuvre d’Henri Michaux, au Théâtre des Amandiers à Nanterre, qui a ceci de particulier qu’il accueille sur scène 9 musiciens de l’ensemble Muzzix, dirigés par Olivier Benoît. 1h30 d’apparitions visuelles et sonores qui tracent un chemin sinueux parmi les herbes folles de la poésie de Michaux : si les images sont fortes, la scénographie musicale reste inexpliquée.

© Frédéric Iovino

9 musiciens puis 8 comédiens sortent des dessous de scène par une boîte blanche qui deviendra plus tard un photomaton : les premiers s’installent sur une mezzanine au lointain à cour (au fond à droite), les seconds habitent le plateau comme des figures isolées et mouvantes. Bientôt, Frédéric Leidgens s’avance face public pour dire un texte de La Vie dans les plis. Tout au long du spectacle, de nombreux recueils sont cités, répartis entre les huit voix tantôt comme un monologue, tantôt comme un dialogue, tantôt comme des fulgurances qui, si elles se répondent, ne s’entendent pas, et sont le plus souvent prononcées face public. Ce dispositif de langage tire la poésie de Michaux vers l’abstraction, déjà très présente à travers la scénographie. Une immense maison à laquelle il manque le 4è mur se tient devant les spectateurs ; les fenêtres sont si hautes qu’on ne peut voir à travers, et les murs noirs et aveugles en-dessous en paraissent d’autant plus imposants. Au lointain, la mezzanine se prolonge en un balcon d’intérieur qui demeure quasi inexploité, et les différents matériaux juxtaposés permettent des effets de lumière multiples. Champs et contre-champs naissent et meurent avec la lumière, sans que l’on puisse vraiment décider si cela est fatigant et stimulant. Les musiciens, eux, sont presque tout le temps plongés dans l’obscurité.

Pourquoi ? Pourquoi choisir de mettre des musiciens sur scène si c’est pour les reléguer sur une mezzanine en fond de scène, là où on ne les voit ni ne les sent, ni même, et c’est un comble, ne les entend, si ce n’est grâce à l’amplification — qui oblige en plus les acteurs à porter des micros pour être entendus. 9 musiciens sur un plateau, on ne sait pas trop où les mettre, ils encombrent, masse sonore informe et indomptable… Mais 9 personnes sur une scène, c’est énorme ! Et pourquoi ? Pour une musique qui, si elle s’adapte parfaitement aux plis du spectacle, aurait sans doute donné exactement le même résultat sur une bande-son, bête et efficace. Les compositions d’Olivier Benoît, comme les poèmes d’Henri Michaux, sont étouffés par un dispositif scénique absurde et contre productif.

Alors que les mots de Michaux sont des mots simples, concrets, minéraux, végétaux ou humains, souvent des paysages, des visions fantastiques, des éclairs insolites, cette immense maison écrase ses acteurs et les empêche d’avoir la légèreté qu’ils se fatiguent à chercher une heure et demi durant tous les soirs. Difficile en outre d’entendre de la poésie quand elle est adressée face public au lieu d’être simplement déposée à nos pieds à travers des situations de parole qui, si elles ajouteraient sans doute un niveau de sens, permettraient au moins, non seulement de tirer le tout vers du concret, mais encore de faire entendre l’insolite de Michaux au lieu d’uniquement le faire voir à travers des figures oniriques qui traversent le plateau presque à la queue-leu-leu, avant que ne reprenne sagement la ronde langagière. Tandis qu’on leur a probablement demandé d’incarner les lignes de fuite, le mouvement, le frisson de la poésie d’Henri Michaux, qui atteignent par bribes le public, les acteurs comme les musiciens se heurtent à la rigidité du dispositif scénographique (dont on pourrait certes dire qu’il offre un contraste, mais lequel ?), et l’on n’évite pas la sensation d’une succession de saynètes cloisonnées qui peine à rendre l’aspect fragmentaire de l’œuvre de Michaux.

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