Le Believer

18 avril 2012 § Poster un commentaire

C’est un lieu commun qui mérite cependant d’être souligné : alors que l’édition va mal, la revue (mais pas n’importe laquelle !) se porte mieux que jamais. Nombre de titres de presse indépendants fleurissent en kiosque et en librairie : ils ont en commun une exigence certaine de contenu, un engagement politique affirmé et un refus des logiques commerciales (peu de publicité, pas de recherche du scoop, inscription dans la durée), et ce dans plusieurs domaines : politique, littéraire, iconographique… Passage en revue.

La revue littéraire ou l’art de ne pas se prendre au sérieux

Fondée entre autres par Nick Hornby, j’avais quelque appréhension quant au contenu d’une revue qui doit son existence à un auteur qui a connu le succès grâce aux aventures d’un trentenaire qui s’assume mal mais espère quand même que la gente féminine restera là à l’attendre. Je ne sais pas pourquoi. Finalement, sa chronique littéraire (« Mes Lectures » par Nick Hornby) nous apprend que les écrivains de moins de trente ans lui donnent envie de vomir mais que ceux de 35 ans l’enthousiasment. Cinquante pages plus loin, l’une des auteures les plus reconnues au monde depuis ses 24 ans fait semblant de ne pas nous donner de leçon d’écriture par un subtil jeu de fausse modestie, que l’on croit tout à fait sincère mais qui existe néanmoins, et qui ne donne qu’une envie : se précipiter sur ses livres. À suivre donc : Sourires de loup, de Zadie Smith. Juste avant, Porter Fox se balade à Christiana, le futur ex-quartier libre de Copenhague : îlot utopique né dans les années 70 où la propriété a été abolie et où les quelques règles sont fixées collectivement, mais où, tout de même, on préfère avoir son copain comme voisin et où les drogues, qui circulent librement, coûtent la vie à quelques personnes. Ce qui nous amène à penser que l’auto-régulation est très efficace pour les suicidaires (ce qui ne veut pas dire qu’il faudrait les empêcher de l’être, suicidaires), et que les jeux de pouvoir dont nous sommes les témoins tous les jours dans les médias ne nous indignent que parce qu’ils nous permettent d’occulter les nôtres, qui eux n’ont pas la chance d’être surexposés. Juste après, Jonathan Taylor visite la maison de Thomas Bernhard en Autriche, ou le lieu le plus solitaire du monde. Et les boucles littéraires de Bernhard me tombent toujours des mains, rien à faire. Sinon [attention scoop !], Don DeLillo aime Bob Dylan, Marx écrivait comme un pied à 18 ans (Nick Hornby doit être content), se faire larguer ça fait toujours aussi mal, Steve Carrell n’a presque pas pris la grosse tête et Jonathan Safran Foer, annoncé en couverture, joue à Où est Charlie ?

Le Believer, version française de The Believer, merci les Éditions Inculte, n°1, 128 pages, 15 euros

Un journal doit être un événement

26 mars 2012 § Poster un commentaire

« COMMENT FAIRE UN JOURNAL EN DEHORS D’UN FORMAT JOURNAL » — L’ L’ L’ — sensation de hors-champs marges + images à la découpe — un journal au format poche — 128 pages — dégager du temps à partir de — 160 pages — se servir du blanc — 3 colonnes sur 14 centimètres de large ?! — Surprises/liberté — vendredi 30 20h — L’IMPOSin the beginning there was rythm _Ariup — 128 pages combien de rubriques ? — un journal taillé dans un journal — —> les mots et les images seuls suffisent — « LA PHOTO TOUT COMME LE TEXTE EST UN ÉVÉNEMENT » — On veut une liasse « un torchon » — SOPHISTICATION INUTILE -> une forme d’urgence. — On attend le feu vert — « ON S’EN FOUT DES RUBRIQUES »

L’Impossible, L’autre journal

Michel Butel

Tangente vers l’est

17 février 2012 § 2 Commentaires

À la suite d’un voyage dans le Transsibérien aux côtés de quinze autres écrivains, Maylis de Kerangal a publié un petit roman aux éditions Verticales en janvier, Tangente vers l’est. L’histoire d’une rencontre entre une Française et un Russe de presque vingt ans son cadet, tous deux en fuite, dans ce train dont on peut craindre qu’il ne s’arrête jamais. Ils ne se comprennent pas, pourtant elle le cache, et cela la révèle. La Russie défile par la fenêtre, la vodka, la neige, des clichés qu’Hélène la Française vérifie sans le faire exprès. Maylis de Kerangal, elle, les évite tous. D’une écriture précise, picturale et observatrice, elle décrit ce qu’on devine être son propre voyage en train : la troisième, la seconde, la première classe, le restaurant, les provodnistas (les hôtesses), l’enthousiasme devant le lac Baïkal, les arrêts en pleine nuit dans des villes inconnues… Et à l’arrivée, la photo sur le quai de Vladivostok.

Le Fil des Missangas de Mia Couto

20 décembre 2011 § Poster un commentaire

Succession de très courtes nouvelles (2-3 pages), Le Fil des Missangas (qui signifie « perles de verre » en portugais du Mozambique) raconte les hommes et les femmes à la façon des contes.

L’universel succède au particulier, comme la morale succède à la fable. Les perles de verre sont autant les nouvelles elles-mêmes que leurs trouvailles lexicales et leur « morale » qui n’en est pas vraiment une : plutôt une bulle poétique, comme un tremplin au rêve. L’une d’entre elles, « Les mâles larmoyants », dit le pouvoir du rire et celui des larmes. Alors que les hommes du bar de Matakuane se réunissaient pour « histoiredrôler », les voici qui lentement plongent dans la tristesse des histoires mélancoliques de Kapa-Kapa, dont le cœur a été « dévoré par les flammes de la tristesse ».

Aujourd’hui, celui qui passe par le bar de Matakuane peut le certifier : pleurer c’est ouvrir son cœur. Les pleurs sont la concrétisation de deux voyages : de la larme vers la lumière et de l’homme vers une plus grande humanité. Finalement, ne vient-on pas à la lumière en pleurs ? Les pleurs ne sont-elles pas notre première voix ?

Et c’est ce que, Kapa-Kapa prêche, par d’autres mots : la solution du monde est que notre être nous déborde. Et la larme nous rappelle : nous, plus que tout, ne sommes-nous pas faits d’eau ?

Ouvrage traduit du portugais (Mozambique) par Elisabeth Monteiro Rogrigues paru chez Chandeigne, Paris, 2010 [2004].

Henri Michaux – Face aux verrous

25 septembre 2010 § 1 commentaire

« Qui laisse une trace, laisse une plaie. »

Henri Michaux, « Face aux verrous » in L’Espace du dedans

Méditerranée littéraire

22 juillet 2010 § Poster un commentaire

La Turquie d’abord. Ni tout à fait européenne, ni tout à fait asiatique, la Turquie est toute de tiraillements, politiques, sociétaux, culinaires. Une tatoueuse libérée y côtoie une voyante multicolore, accompagnée de ses deux djinnis, le bon et le mauvais ; une américaine fille d’Arménien rend visite à une stambouliote nihiliste ; la country concurrence le doudouk. L’homme est un homme mort chez Elif Shafak : culturellement, politiquement, moralement, historiquement, biologiquement. Un écrivain arménien au seuil de sa meilleure oeuvre est massacré par les Turcs, un frère viole sa soeur puis s’enfuit d’Istanbul, un exilé aux Etats-Unis pleure sa terre natale. La Bâtarde d’Istanbul dresse le portrait d’un pays-mouvement. Orhan Pamuk n’est pas très loin, comme un oiseau qui plane au-dessus de la ville.

L’Egypte ensuite. Un immeuble, mille habitants. Un pays, mille vies. Une époque, mille temps. Celui de Boussaïna, obligée de travailler sous les ordres de patrons verreux pour nourrir des frères. Celui de Zaki, riche vieillard célibataire dépouillé par sa soeur. Celui de Tahar, élève studieux converti à l’islamisme à cause de l’injustice dont il est victime. L’immeuble Yacoubian relit les êtres entre eux, les riches, les pauvres, les jeunes, les vieux, les femmes, les hommes. Alaa El Aswany n’est ni dur ni tendre, ni joyeux ni triste, il est, c’est tout.

Palestine. Mahmoud Darwich érige Une Mémoire pour l’oubli en forme de poème en prose, sous les gravas des villes et des êtres. « Le temps : Beyrouth. Le lieu : un jour d’août 1982. » Il s’agit de reconstituer des lambeaux de rêve, d’amour, de phrases, à l’aide de La Bible et du foot.

Iran : Zoyâ PirzâdUn jour avant Pâques. Passé et présent sont entrelacés dans ce court récit où se côtoient houleusement Arméniens et Iraniens, hommes et femmes, petits et grands. Le garçon devient adulte, l’élève enseignant. Les uns disparaissent, les autres naissent. On cache, on révèle. Dans ce petit monde des immigrés arméniens, les « Persans » ne sont pas les bienvenus. Almanouche l’arménienne décide alors d’épouser Berzhad l’arabe.

Exercice d’exorcisme

22 juin 2010 § 1 commentaire

Je n’ai jamais lu une ligne de Dostoïevski, ou plutôt si, une et une seule, jamais réussi à aller jusqu’à la deuxième. Pas lu L’homme sans qualités, Ulysse ou Finnegans Wake – rien de James Joyce en fait, si ce n’est une lettre érotique à Nora et un paragraphe d’Ulysse dans un bouquin de Georges Didi-Hubermann, lequel ne se posait même pas la question de savoir si son lecteur avait ou non lu Ulysse, pfff. Faulkner ? Connais pas Faulkner. Ah si, pour James Joyce, on m’a forcé à lire les Gens de Dublin dans le texte il y a quelques années ; même fluidité de lecture que pour l’Iliade dans le texte. Quelques paragraphes seulement. Je n’ai pas lu la Recherche en entier, contrairement à mon ex-coloc qui en « relisait » une page par soir. J’ai lu Rabelais, enfin pas tout, juste Gargantua, mais ce n’est qu’à la relecture que ce fut drôle. Jamais ouvert Dante. T’as pas lu Dante ???!!!!! Nan. Ni Hugo (chiant!) ni Balzac (sauf une nouvelle, en petit format ça passe), ni Musset (la barbe). Pas lu non plus L’Astrée mais ça c’est normal. Ai mis du temps avant d’aimer réellement La Princesse de Clèves et pas juste pour faire plaisir aux autres. Je n’ai pas lu une de mes nombreuses versions de l’Odyssée. Je n’ai pas lu Aristote et Platon (sauf les photocopies des profs), je n’ai pas lu Hegel et Marx. Jamais lu d’auteur asiatique. Jamais lu d’auteur africain. Sauf Koffi Kwahulé mais il compte pas il vit en France. Jamais lu de Stephen King, ni de polar ni de fantastique ni d’heroic fantasy. Du moins si on exclut deux Agatha Christie, un Fred Vargas et Le Seigneur des Anneaux (je pourrais plus!) ou La croisée des Mondes. Donc en fait si. Je n’ai pas lu Sade.  En revanche j’ai lu Comment parler des livres que l’on n’a jamais lu, et je dois dire que ça m’a beaucoup parlé.

Où suis-je ?

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