Démons de Lars Norén

21 octobre 2011 § Poster un commentaire

… ou l’image de la femme dans le théâtre allemand.

La mise en scène de Thomas Ostermeier de Démons (Dämonen, 1984) de Lars Norén, qui a été présentée au Théâtre de l’Odéon l’an dernier, a été je crois un succès. Un couple sans enfant, Katarina (Brigitte Hobmeier) et Frank (Lars Eidinger) reçoit à dîner un couple voisin parent de deux jeunes enfants, Jenna (Eva Meckbach) et Tomas (Tilman Strauss). La mère de l’hôte vient de mourir. Sa femme, dans un accès de rage hystérique, jette le vase qui renferme les cendres de la défunte contre le mur. Puis nettoie.

Selon l’article de Christine Wahl, La Pucelle et la maman (OutreScène n°12), la pièce est représentative de deux types de femmes dans le théâtre allemand : la « mère » et la « carriériste ». Dans la mise en scène d’Ostermeier, alors que celle-ci se promène en robe du soir, talons hauts et lingerie fine, celle-là se traîne en savates et tunique tout en faisant état de ses états corporels : « Pouh… je recommence à transpirer. Je ruisselle. » Tout se passe comme si la maternité et la vie professionnelle étaient radicalement incompatibles. Alors que Katarina enchaîne cigarette sur cigarette d’un air absent, Jenna semble végéter sur le canapé dans l’angoisse de ce qui pourrait se passer dans la chambre de ses enfants. Pour autant, Katarina n’est pas gagnante : la domination de son mari sur elle est moteur de toutes leurs relations. De surcroît, c’est elle qui passe l’aspirateur…

Christine Wahl déplore ces représentations stéréotypées du théâtre institutionnel, mais ne manque pas de relever d’autres formes qui ont elles pris acte de l’avancée des féministes et des études de genre et « contourné les clichés ringards liés à la sexualisation des rôles », telles que la mise en scène des Âmes solitaires de Gerhart Hauptmann par Thalheimer en 2004 au Deutsches Theater de Berlin, ou les spectacles des metteurs en scène René Pollesch et Nicolas Stemann qui jouent sur l’indétermination sexuelle des acteurs sur scène ou confient des rôles d’homme à des femmes (et vice versa).

Mais d’où l’ « homme de théâtre-type d’aujourd’hui a priori un enfant de 68  » — Thomas Ostermeier — peut bien sortir cette image de la femme ? Christine Wahl, qui est critique de théâtre en Allemagne, apporte un élément de réponse avec la sous-représentation des femmes dans le théâtre, mais enfin les artistes, on l’espère, voient plus loin que le bout de leur nez…

Brigitte Hobmeier, Schaubühne de Berlin, 2010 © Arno Declair

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